Dossier
Le Syndicalisme dans la 2° guerre mondiale

Le manifeste dit des «  Douze » du 15 novembre 1940
Le 16 août 1940, la dissolution des confédérations ouvrières et patronales est prononcée. Des responsables CGT et CFTC se rapprochent pour la première fois pour « réaliser l’unité pour la conservation des libertés syndicales ». Le 9 novembre paraissent au journal officiel les décrets relatifs à la dissolution des organisations confédérales patronales et ouvrières. Une semaine plus tard, 9 responsables nationaux de la CGT et 3 CFTC publient un texte commun rappelant les principes du syndicalisme français : anticapitaliste et opposé à toutes formes d’oppression des travailleurs, le syndicalisme affirme le respect de la personne humaine et doit être libre dans l’exercice de son activité collective comme dans celle de chacun de ses membres.

Non au diktat de Vichy !
Dans la région, Louis Delaby, figure de la CFTC Pas-de-Calais, rédige un manifeste où il affirme que « pas plus que la répression des patrons avant la guerre et la dictature cégétiste en 1936 n’avaient eu raison de la ténacité des syndicalistes chrétiens, ceux-ci ne s’inclineront pas devant le Diktat de Vichy ! Ce que les adversaires de la vraie liberté syndicale, ce que les ennemis jurés ou non avoués du syndicalisme chrétien n’avaient pas réussi à faire en 20 ans, un gouvernement né de nos malheurs le réalise en un tour de main  ! »

 

Contre la charte du travail
La loi du 4 Octobre 1941, instituant une « Charte du Travail », crée un syndicat unique dans chaque entreprise mais aussi au niveau local, régional, national. Patrons et ouvriers sont désormais rassemblés dans des organismes communs pour gérer les conflits professionnels et sociaux. Des débats ont lieu, certains (notamment dans le Nord) voulant tenter l’expérience d’une participation aux rouages. « A l’intérieur de l’organisation, il y a eu combat entre les partisans de la Charte du travail et les opposants. Charlemagne Broutin (secrétaire général) défendait l’idée que la charte devait être combattue pour défendre le syndicalisme libre. La majorité des syndicalistes dans le Nord y était également très opposée…mais il y a eu deux ou trois responsables qu’on a dû mettre sur la touche, non parce qu’ils avaient collaboré mais parce qu’ils avaient été un peu loin dans la Charte ».

Dans le Pas-de-Calais, le refus des militants syndicaux de participer à la charte est plus net. Témoin cet échange, le 13 février 1942, entre le secrétaire d’Etat à la Production Industrielle, François Lehideux, et Louis Delaby. Celui-ci, lors d’une réception aux Houillères de Lens, rappelle les raisons du refus des syndiqués de participer à la Charte du travail. Le ministre répond : « Le Maréchal est décidé à briser toutes les chapelles ». La réplique fuse : « Monsieur le Ministre, il y a une chose que vous ne briserez jamais, c’est l’idéal que nous servons et que nous saurons défendre ! ». Finalement Nord et Pas-de-Calais prendront position, comme le reste de la Confédération CFTC, contre la charte du Travail.

Au cœur de la Résistance
De nombreux militants syndicaux participent, aux côtés souvent d’autres, à des mouvements de résistance dans le Nord et le Pas-de-Calais : action de nuit pour le parachutage (Charles Vandamne dans le 62), transports de documents (Jules Catoire du Nord se rend à Paris tous les mois sous une fausse identité d’ouvrier plombier, avec casquette et boite à outils, voire parfois dans des convois funèbres anormalement nombreux !), diffusion de tracts, recueil de renseignements militaires (notamment sur la zone rouge côtière de Calais à Berck), mise en place de services de faux papiers, de cartes de ravitaillement (Michel Hochard dans le Nord), hébergement de pilotes anglais, transport de message dans la selle de vélo (Jo Simon dans le Pas-de-Calais) … Il s’agit d’une multiplicité de participations à des actions et initiatives où on « résiste avec plusieurs casquettes » (JOC, chrétiens, Voix du Nord, PC parfois, Témoignage Chrétien….). « Et on ne parlait pas de syndicat… sauf dans les hautes sphères !» De nombreux militants y laissent leur vie, d’autres connaissent l’enfer des camps de concentration.

Actifs pour la Libération
Dans la résistance politique, un réseau se crée régionalement : le RIC (Résistants d’Inspiration Chrétienne) qui veut être présent face aux autres forces politiques et aux communistes. Plusieurs militants syndicaux participent à sa création. Le 21 mai 1943 le Comité Départemental de Libération du Pas-de-Calais est créé : Jules Catoire, militant syndicaliste CFTC du Nord et membre du comité inter-confédéral de Résistance CGT et CFTC, en est le premier secrétaire. Dans le Nord, le Comité Départemental de Libération du Nord se réunit à l’école professionnelle de jeunes filles de la CFTC « La Ruche » et proclame le 1er septembre 1944 les ordres de grève générale et d’insurrection.

Un redémarrage difficile (mais efficace)… face à une CGT triomphante
Après la Libération, le redémarrage des syndicats libres s’opère dans un contexte politique difficile : le Parti Communiste sort grand vainqueur de la guerre, auréolé de son rôle dans la Résistance. Sa progression est forte dans notre région : 70 000 adhérents en 1946. Il contrôle les deux unions départementales de la CGT, le syndicat des mineurs, la métallurgie, les cheminots, le bâtiment. La CGT propose même à la CFTC une fusion pure et simple. André Despature, militant CFTC, raconte qu’ « en rentrant de captivité, dans ma boîte, l’atelier Danel à Lille, on m’avait préparé ma carte de la CGT… On a redémarré à 3 la CFTC. Quelques temps après, sur 300 ouvriers, 50 étaient à la CFTC, 250 à la CGT. Aux élections suivantes, le rapport s’est inversé ».

Quelles leçons tirer de cette période  ? *
A la libération, l’influence du syndicalisme sur les réalisations sociales (issues notamment du Programme du Conseil National de la Résistance et parfois encore en vigueur aujourd’hui) est incontestable : loi sur les comités d’entreprises, généralisation de la Sécurité sociale, nationalisations, participation, critères de représentativité…
Quant aux syndicalistes, leur attitude pendant l’Occupation a sans conteste consolidé leur volonté d’engagement, leurs exigences de la cohésion sociale et de la liberté politique et syndicale, leur indépendance à l’égard de l’Etat et des partis, leur souci permanent du plus démuni et leur sens du bien commun.

*(d’après une étude de l’Insitut Supérieur du Travail)

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