Le NORD à l’origine de la caisse syndicale de grève

Saison 1 (1921-1922) – Episode 1 : Une idée dès le 2° Congrès

Nord Social – Mai 1921 –

On trouve des traces de l’idée d’une caisse de soutien en cas de grève dès le début de création de l’Union régionale CFTC dans la région Nord. Lors de son 2° congrès, le 24 avril 1921 à Halluin, une réunion d’étude examine un projet de Caisse de soutien. ” Ce qu’il faut faire jouer d’abord c’est la solidarité professionnelle,..mais un conflit professionnel peut se prolonger et nécessiter alors une nouvelle solidarité, la solidarité inter-professionnelle, autrement dit la solidarité ouvrière”. Pour la solidarité professionnelle, “il faut que nos syndicats s’organisent en fédérations régionales professionnelles, puis en fédérations nationales”.

Le congrès régional souhaite que les conseils syndicaux d’une même profession se concertent “en vue de la création de fédérations régionales professionnelles, qui constitueraient elles-mêmes des caisses fédérales professionnelles”.
L’idée d’une caisse régionale interprofessionnelle fera l’objet d’une étude ultérieure.

Saison 1 (1921-1922) – Episode 2 : Halluin porte le débat au national

En 1922, le syndicat Textile d’Halluin (Nord) écrit à la Confédération : de nombreux travailleurs belges travaillant dans les usines françaises restent syndiqués en Belgique, et lors de la dernière grève ils ont perçu une allocation de 52 francs par semaine alors que les syndiqués français n’ont perçu que 5 francs de la solidarité locale. Des ouvriers français souhaitent de ce fait adhérer au syndicat belge plutôt qu’à la CFTC. Pour éviter cette fuite des adhérents, le syndicat d’Halluin voudrait s’affilier à la caisse de résistance du syndicat belge de Gand. Il en demande l’autorisation à la CFTC.

Cette demande crée un débat au sein du Bureau Confédéral. Son président, Jules Zirnheld, propose deux motions qui sont votées à l’unanimité : l’affiliation à une caisse de résistance étrangère n’est pas possible, mais une commission est chargée d’étudier la question des caisses de résistance.

Saison 1(1921-1922) – Episode 3 : Le Comité National en débat

Nord Social Mai 1922

Le Comité National est saisie de la question . Louis Blain, alors secrétaire général de Roubaix-Tourcoing, se déplace en personne à Paris pour plaider la demande du syndicat textile d’Halluin auprès du Comité National réuni les 1er et 2 avril 1922. Charlemagne Broutin, alors secrétaire général de l’Union régionale des Syndicats professionnels du Nord, appuie sa demande.

Louis Blain, secrétaire général Roubaix-Tourcoing

Un questionnaire est envoyé aux Unions et Fédérations Professionnelles pour étudier la question des Caisses de Résistance.

Saison 2 (1922-1923) – Episode 1 : Le modèle belge

En Belgique, naît en 1920 aussi, la Nationale Centrale der Liberale Vakbonden (NCLV, littéralement Centrale nationale des syndicats libéraux). C’est surtout une caisse de résistance, c’est-à-dire à une caisse de grève, à laquelle les organisations syndicales libérales locales peuvent s’affilier. La mise en commun des ressources de grève donne aux organisations membres la possibilité de disposer de fonds plus importants, permettant éventuellement de mener une grève de plus longue durée ou dans un secteur où l’organisation des travailleurs est plus faible (et où donc les ressources financières sont a priori assez limitées). Cette caisse de résistance interprofessionnelle apparaît tout à fait novatrice dans le paysage syndical belge : la CSC (Confédération des Syndicats Chrétiens) met la sienne sur pied en 1926 : la CCR (Caisse Centrale de Résistance) financée par une part des cotisations. Cette caisse existe toujours aujourd’hui : elle verse une indemnité aux grévistes ayant plus de 6 mois d’adhésion. L’exemple belge servira de modèle aux syndicalistes CFTC pour créer leur propre caisse.

Saison 2 (1922-1923)– Episode 2 : Questions de dénominations

Nord Social juillet 1922

Après la décision du Comité National, après l’envoi détaillé d’un questionnaire aux Unions et Fédérations, après une délibération du Congrès Confédéral, le secrétaire général des syndicats du Nord , Charlemagne Broutin, fait le point dans le journal Nord Social sur la question des caisses de résistance : ” Toutes les organisations ont admis nettement la nécessité des Caisses de Résistance, explique-t-il. Le deuxième point fut l’objet de vives discussions. Il s’agit du titre même à donner à ces caisses, le mot de Caisse de Résistance n’étant pas sans effaroucher quelque peu des syndicats d’employés ou féminins.” Il passe en revue les différentes hypothèses de noms : caisse de défense, caisse de soutien, caisse de résistance, caisse de solidarité, caisse de grève ? Et d’expliquer que pour certains ” il s’agit de fournir plutôt des moyens préventifs de défense professionnelle, et pour d’autres, de fournir des moyens positifs”. Finalement, il est convenu de “laisser aux différents groupements la faculté de donner à la Caisse en question le titre qui lui convient le mieux dans chaque milieu”. Restera à examiner quelle forme elle prendra. Et ceci prendra du temps.

Saison 3 (1949-1955) – Episode 1 : Un rapport..sans suite

André Verkindère, secrétaire de l’Union Locale d’Halluin

Il faudra attendre plus de 10 ans pour que l’idée revienne sur le devant de la scène. Un rapport est fait en 1949, au 25° Congrès National CFDT à Paris, sur un projet de “caisse confédérale de défense professionnelle”. Ce rapport est rédigé, tout naturellement, par le secrétaire de l’Union Locale d’Halluin, André Verkindère.

Il préconise la création d’une caisse confédérale qui rend compte de sa gestion devant le Bureau National. Il propose d’instaurer 7 taux de cotisations différents, une semaine de carence et l’obligation d’être adhérent depuis au moins 1 an pour percevoir l’indemnisation à taux plein. Il propose un avant-projet de statuts qui seront partiellement repris ultérieurement…mais dans l’immédiat ce rapport n’est suivi d’aucune conclusion pratique.

Saison 3 (1949-1955)– Episode 2 : Le Nord crée sa propre caisse !

Le rapport Verkindère n’ayant pas eu de suite au Congrès National, l’Union Départementale du Nord décide – la première – de fonder sa propre caisse de résistance, en suivant l’exemple des syndicats belges.Dès le 1er Octobre 1950, l’affiliation des membres des syndicats de travailleurs manuels est obligatoire. Une part de la cotisation est mise en réserve pour soutenir les syndiqués en grève. ” Une fois de plus les “Gars du Nord” auront montré leur sens réaliste et pratique”, souligne le Nord Social. La référence à la caisse de résistance belge est mise en avant : durant 4 semaines, des grévistes à Armentières vivent de la solidarité: : “ca c’est du syndicalisme !”. René Bonety, un des promoteurs du projet, estime qu’ “avec la caisse de résistance nous ne serons plus des Don Quichotte partant à la lutte contre des moulins à vent”.

Une étape importante est franchie. Des affiches mettant en avant cette caisse sont diffusées largement. ” La caisse de résistance attire, c’est normal, des travailleurs qui cherchent un syndicalisme efficace”. A partir du 1er janvier 1952, l’UD du Pas-de-Calais rejoint la caisse créée. Le président du Pas-de-Calais parle du “courage de sortir des vieilles habitudes en traçant un chemin nouveau pour un syndicalisme fort“. En 1952, 33 grèves sont pris en charge pour plus d’un million de francs. En 1953, au cours du seul mois d’Août, 30 millions de francs ont été versés. “Grâce aux caisses de résistance, les Gars du Nord feront grève debout”.

La caisse est aussi rejointe par les UD des Ardennes et de la Somme à partir de 1955. En janvier 1953, la caisse des mineurs s’associe, puis celle des cheminots. D’autres caisses se créent : en 1951 en Alsace, une tentative en 1953 en Bretagne, celle des Employés en 1951-53, Mineurs, Textile (1952), Chimie (1953), Métallurgie (1954-56), PTT (1956)..

Saison 3 (1949-1955) – Episode 3 : Un “cartel” est créé !

Le secrétaire général du Nord- Pas de Calais est gestionnaire de la caisse créée

Devant la multiplication et diversité des caisses, leur hétérogénéité et leur fragilité, une idée de cartel est lancée. Ce cartel assure une solidarité au plan technique et financier, il est garanti par la caisse de résistance des syndicats belges de la CSC. André Glorieux, secrétaire général de l’Union Régionale Nord-Pas de Calais, devient le gestionnaire de ce cartel des caisses de résistance alors constitué..

Saison 4 (1965-1974) – Episode 1 : Deux caisses co-existent !

En novembre 1965, un vote du Congrès Confédéral entériné la création, au niveau national, d’un Fonds d’Action Syndicale (FAS). Il prend effet au 1er janvier 1966 et s’impose à tous les adhérents. Il est alimenté par une part de la cotisation syndicale.

En novembre 1966, le cartel évolue et se constitue en caisse unique pour les 6 organisations fondatrices (Cheminots, Chimie, Métallurgie, Mineurs, PTT et l’Union Départementale du Nord): La Caisse Nationale d’Action Professionnelle (CNAP)

Le FAS et le CNAP sont distincts : le FAS couvre tous les syndicats, la CNAP ne couvre que les syndicats affiliés. Mais leur vocation est la même : assurer une solidarité permanente (soutien des adhérents engagés dans une grève, soutien financier aux militants subissant la répression patronale, prise en charge partielle des frais judiciaires des syndicats)

Saison 4 (1965-1974)– Episode 2 : Fusion des 2 caisses !

L’idée d’une fusion des deux caisses est alors dans tous les esprits. Mais pour y aboutir il faut régler des questions de gouvernance, de neutralité, de financement et unifier les règles et valeurs d’indemnisation, car le FAS est un fonds confédéral et la CNAP gérée par les organisations fondatrices.

La future caisse issue de la fusion sera finalement un outil confédéré (et non un service confédéral).

Saison 4 (1965-1974) – Episode 3 : 1/01/1974 la CNAS est créée

Le 36° congrès confédéral de Nantes en 1973 vote la fusion des deux caisses par 80,04 % des voix. La CNAS (Caisse Nationale d’Action Syndicale) est créée le 1er janvier 1974.

“Pour nous, dit André Glorieux, secrétaire général de l’Union Régionale CFDT de l’époque, cela correspond à un grand succès”. Il assurera d’ailleurs dès le départ la présidence de cette caisse, suivi ensuite par Gilbert Ryon, puis Léon Duhen. L’Union régionale sera membre sans discontinuité de la CNAS.

L’Union régionale Nord-Pas de Calais, en s’inspirant de l’exemple belge, a donc fait école et servi de pilote à l’ensemble du syndicalisme CFTC puis CFDT sur une initiative unique et originale au service de la défense des travailleuses et travailleurs.

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