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Mai 68 d’hier à aujourd’hui … souvenirs, échanges, éclairages

Plus de 70 personnes avaient pris place dans la salle de la CFDT de Lille pour débattre et échanger autour des 50 ans de mai 68. Organisée conjointement par l’ARHOS et la CFDT des Hauts de France, la rencontre, ouverte par Jean-Pierre Stobiecki,  a démarré par un film, réalisé par l’ARHOS, et rappelant les évènements de mai 68 dans la région.

 

Des témoins de l’époque

Une première table-ronde réunissait des témoins de l’époque. Ils ont raconté leur mai 68 à eux.

Jean-Pierre BALDUICK, ouvrier dans le textile, a fait part de son engagement syndical syndical à l’époque, du climat qui régnait dans l’entreprise…une époque où des bus pleins ramenaient des ouvrières à Roubaix, venues souvent du Bassin Minier, où les patrons paternalistes regardaient avec méfiance les évènements qui se passaient à Paris et interdisaient l’entrée à toute personne étrangère à l’entreprise (par peur souvent d'”espionnage”). Insistant sur la nécessaire démocratie dans l’entreprise, il a expliqué comment il a pu passer d’un engagement syndical à celui de politique (au PSU d’abord, puis comme maire de Tourcoing ensuite).

 

Christian BARAZUTTI était lui au Crédit du Nord à Valenciennes avant d’être “muté” à celui de Lille suite aux évènements. Son credo depuis toujours : faire confiance aux jeunes ! Son engagement actuel tant dans la mission locale de Lille que dans l’école de la 2° chance continue le chemin tracé en 1968.

 

Pour Paulette DELAVAL, ouvrière en confection chez Desombre à Lille, “Mai 68″ avait commencé bien avant lors d’un long conflit gagné (après 17 mois d’occupation) sur les salaires. Et de fait, en 1968, les ouvrières ont continué à se mobiliser ..”mais on n’avait pas les mêmes revendications et il y avait de la solidarité entre les ouvriers des différentes usines”

 

“Mai 68, on ne l’avait pas vu venir !” C’est le souvenir d’André BOCQUET, enseignant dans un lycée classique à Valenciennes : nous disions aux élèves qu’on préférait qu’ils ne soient pas dans la rue ! Jusqu’à ce que le proviseur ferme le lycée pour éviter tout incident avec l’irruption des élèves du lycée technique voisin. Quant à l’interpro locale, on était surtout préoccupé par l’emploi local et les suites d’une manif qui avait eu lieu en 1966 défendre les emplois et prévoir le Valenciennois de demain. Mais la lutte de 68 “on ne l’a pas vu venir !”.

 

Beaucoup de souvenirs des militants présents dans la salle ont été évoqués sur Mai 68 autour de l’importance de protéger l’outil de travail, la solidarité militante et associative, avec les équipes syndicales en grève, l’attitude d’une CGT qui ne voulait pas des étudiants, le rôle joué par le Secrétaire Général de l’URI CFDT à l’époque : André Glorieux, “un homme rigoureux, qui avait toujours de bonnes réponses et faisaient confiance aux jeunes”. Plusieurs militants ont pris leur carte d’adhérents en mai 68.

Des témoins d’aujourd’hui

Dans la deuxième table-ronde réunissant des militants d’aujourd’hui, Catherine BLANC (Interco) a relevé l’importance que la CFDT accorde à l’émancipation collective et individuelle dans les combats actuels comme ceux d’il y a 50 ans, pointant cependant le fait qu’à l’époque il semblait y avoir plus de dynamisme et de mobilisation joyeuse. Mais elle a transmis à la salle son optimisme permanent, malgré les difficultés actuelles du militantisme.

 

Optimisme plus mesuré pour Jean-Pierre MORIS (Orange) qui regrette qu’on soit plus aujourd’hui dans un syndicalisme de consommation plus que dans un syndicalisme et un projet revendicatif malgré les droits syndicaux gagnés à la suite de Mai 68.

 

Martine DUROT (Santé-Sociaux)  a quant à elle mis l’accent sur les valeurs portées hier comme aujourd’hui par la CFDT (émancipation, solidarité, démocratie) et sur la nécessité d’être porteur d’innovation comme l’a fait la CFDT en parlant d’autogestion.

 

 

Le débat avec la salle a été l’occasion de se souvenir d’un slogan de Mai 68, qu’on peut reprendre aujourd’hui : “Le vieux monde est derrière toi“.  Il faut regarder de l’avant et faire confiance à notre organisation syndicale qui a fait de sa capacité d’adaptation aux évolutions de la société une force permanente. Il nous faut relever les défis d’aujourd’hui posés “par le consumérisme, l’individualisme et le financiarisme de notre société”.

Et l’ADN CFDT dans tout cela ?

Jocelyne CABANAL, secrétaire nationale et chargée de suivre le dossier des archives confédérales, a eu l’occasion par ce biais de se plonger dans MAI 68. Plusieurs choses l’ont marquée : l’attitude des responsables de l’époque pour faire en sorte que les droits acquis (comme la création de la Section Syndicale d’Entreprise, une revendication que seule la CFDT portait) puissent être effectifs ; des responsables qui débattent et sont même critiques et exigeants entre eux; une CFDT qui met en avant le travail, la question des conditions de travail, alors que la CGT pointe davantage la question des rémunérations… Aujourd’hui encore ! Et l’un des héritages forts de Mai 68 est à ses yeux l’aspiration à faire entrer plus de démocratie dans l’entreprise afin qu’il y ait un meilleur partage du pouvoir. C’était le sens du concept d’autogestion. C’est le sens que donne la CFDT de 2018 à “la codétermination à la Française”.

C’est loin d’être gagné, a-t-on souligné dans les échanges. Il faut surtout que la CFDT accompagne fortement celles et ceux qui dans ce cadre auraient un mandat d’administrateur afin qu’ils jouent un rôle réel et qu’ils soient un levier pour faire bouger les entreprises dans leur stratégie comme dans leurs choix organisationnels.

Dans sa conclusion, Michel Crépin, secrétaire général de l’URI Hauts de France, a souligné, dans l’histoire de notre organisation, à la fois des points de rupture : ceux de notre organisation face au pouvoir politique qui a en 1970 recentré notre action sur le travail, et ceux concernant l’évolution de notre société. Face à ces points de rupture, il y a aussi la continuité forte de notre organisation : notre volonté permanente que chacun soit acteur de son destin individuel et collectif, notre volonté d’avancer vers un partage du pouvoir dans l’entreprise et de transformer le travail….

Au total, une demi-journée riche d’échanges, de souvenirs, de débats qu’il faudra certainement renouveler sur d’autres thématiques.

4 commentaires

  1. Extrêmement intéressant, j ai pu entendre beaucoup de témoignages et d histoires dont je me servirai lors d animation de formation CFDT. Merci à tous ces “acteurs” de mai 68 d avoir partagé leur vécu, et j espère avoir le plaisir de les rencontrer à nouveau!!
    Un farouche militant de notre syndicat!

  2. Oui , intéressant, mais plus…..

    “Le vieux monde est derrière…” . Mais “Sans histoire pas d’avenir…”

    Moi qui ai vécu 68 “pleinement” , à 18 ans, bien loin des “hauts de France”.

    Par ce message, je voudrais dire merci à Paulette, Gaby, …..Toujours présents, toujours militants…. Ils font honneur à la CFDT.

  3. Belle journée bien organisée, merci, mon seul regret, est d’avoir été le seul PICARD présent.

  4. Très intéressant de faire vivre la mémoire non pour s’y appesantir mais pour tirer les leçons, particulièrement quant aux solidarités à faire vivre.
    Personnellement je n’étais pas à la CFDT en 68, j’étais à la CGC; J’ai vécu 68 comme cadre dans l’entreprise , grosse boite de 65 cadres;.Avec quelques-uns nous avons interpellé l’ensemble des cadres pour provoquer une réflexion sur la situation.Personnellement, j’ai été traumatisé par le fossé irréductible entre les
    ” exécutants ” et ceux qui disposent de l’autorité qui commandent, les cadres donc….A ce titre, 68 laissa des traces. Personnellement ce fut la mise en route d’un cheminement vers la CFDT , avec le choix de sortir d’une démarche catégorielle. C’est mon histoire. Je précise que je suis de 1931.

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