Ni jaune, ni rouge

Dans ce premier numéro du Nord Social, nous voulons dire ce que nous sommes. Nous sommes des ouvriers et voulons,  à ce titre,  profiter des droits et des avantages que nous accordent les lois sociales de la République. Ces lois tendent à organiser le monde du travail et nous ouvrent le chemin de l`Association professionnelle par la fondation de syndicats. Aux termes de la loi du 21 mars IBB4, ces associations ouvrières sont facultatives, mais jouissent de tels droits et de tels avantages que rester en dehors, c`est s’exclure de soi-même de toute participation active à l’organisation de la profession dont on vit. C’est un moyen légal de prendre sa place dans le monde du travail, y faire entendre sa voix, ses revendications et ses desiderata et de les faire parvenir de façon autorisée jusqu`aux palais mêmes de nos ministères.

C’est de cette loi que nous nous réclamons,  et ouvriers et employés, nous sommes résolument décidés à nous unir sur le terrain syndical. Mais alors. nous dira-t-on peut-être, pourquoi ne pas adhérer aux syndicats existants?

Notre réponse à cela est simple et catégorique. C’est que,  après examen,  nous ne trouvons devant nous que des syndicats qui ne nous inspirent aucune confiance.

Et pourquoi?  Parce que. Disons le mot, les uns sont trop jaunes, et les autres trop rouges. Qu’est-ce å dire? Le voici.

Les jaunes, à nos yeux, ne sont pas de vrais syndicats. Ils ne jouissent pas de l’indépendance qui convient pour pouvoir défendre sans faiblesse et sans compromission les intérêts légitimes de l’ouvrier. Leur situation financière ne nous paraît pas claire, leur action reste suspecte. Nous ne voulons avoir rien de commun avec eux.

Les rouges, sont bien de vrais syndicats, mais empoisonnés, par le virus de la politique et de

 

l’athéisme. Le syndicat chez eux est trop souvent une enseigne, un paravent derrière lesquels on cache des visées politiques et des manœuvres antireligieuses. Leurs principes directeurs vont à l`encontre des croyances et des convictions de beaucoup d’ouvriers qui, sans être des pratiquants, veulent cependant qu’on respecte mieux qu`on ne le fait chez eux, la morale et la religion. Leurs méthodes tendent à introduire chez nous les mœurs bolchevistes  qui tuent beaucoup, mais ne guérissent et n’améliorent rien.

Ouvriers, simples croyants, nous ne pouvons marcher sous leur bannière, où se lisent des déclarations qui vont à l’encontre de toutes nos convictions. Nous ne pouvons et nous ne voulons leur donner ni notre nom, ni notre argent.

Dès lors, il ne nous reste qu`une chose å faire. Ne pouvant entrer chez eux, parce que nous ne pourrions y vivre à l’aise, force nous est d’élever une maison à côté de la leur. Non pas, disons le franchement avec l’intention d’opposer citadelle à citadelle, mais avec l’intention  seulement d’élever une maison, où nous pourrons, comme dans celle d’en face, nous réunir, pour y étudier, au même titre que nos camarades d’en face, les questions qui intéressent notre vie ouvrière et nos intérêts. De cette manière, l’union sera complète sur le terrain ouvrier, disciple de Karl Marx ou disciples du Christ, pour nous réunir et étudier, les études n’en seront que plus calmes et plus fécondes ; ce sera supprimer mille causes de discussion sur les questions d’opinions qui n’ont rien à voir avec celles de la profession. Mais, cependant, pour éviter toute équivoque, nous déclarons que nous sommes et que nous resterons toujours prêts à collaborer loyalement avec tout camarade de travail, à quelque syndicat qu’il appartienne, chaque fois que les intérêts des travailleurs l’exigeront, mais sans nous départir des règles et des méthodes conformes aux principes dont nous nous inspirons dans notre action sociale et syndicale.

* article extrait du Nord Social n° 1 (Février 1920 p 2)
 

 

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